Chronique
Dive Bouteille: Des rockstars, qui en a besoin...
Dive Bouteille est un salon du vin axé sur les vins naturels, bio et biodynamiques. Cet événement se déroule à Saumur, sur les bords de la Loire, plus précisément dans les caves de la Maison Ackerman, les Caves Ackerman. Cette ville accueille ce festival du vin pour la 23e fois. Et outre les vignerons avec leurs délicieux vins, le vent est aussi une constante dans son histoire et la mienne.
Atlantique
L'impact de l'océan Atlantique sur le continent européen ne peut être raconté que par le vent qui va et vient. Là où la Loire se jette dans l'océan, nous remontons le fleuve, accompagnés par le son de ce vent, si approprié à l'orientation de notre voyage, au-delà du pays du Melon de Bourgogne, au-delà du Muscadet, là où le Chenin est abondant, le Chenin dans son acidité, sa fraîcheur et sa tension, le Chenin que j'aime, le Chenin de Saumur : une ville d'à peine vingt mille habitants. Où le maire est un passant mais chaque jour pend aux lèvres des maîtres en leur matière. Comment le réchauffement climatique prend le dessus dans chaque conversation et en devient finalement le fil conducteur. Comment les gelées nocturnes extrêmes et les chaleurs estivales font littéralement trembler les vignes et les font suffoquer. Stress, impuissance mais détermination, le « je goûte encore une fois à ma propre réserve, l'histoire que cette seule gorgée peut raconter et alors je peux tenir un peu plus longtemps ».
C'est là que se déroule Dive Bouteille, un salon du vin où ces maîtres peuvent oublier leurs soucis un instant et où la Loire et ses vins sont le centre d'un labyrinthe souterrain, entouré du reste de l'Europe, de l'Angleterre à l'Autriche et de l'Espagne à la Hongrie. La Loire semble être un pansement, un lien entre les vignerons de toutes les régions.
Dans les Caves Ackermann, on se croirait dans un véritable spectacle de la Renaissance, inaccessible à la réalité. Un monde où les vignerons pourraient sortir tout droit du livre Utopie, de Thomas More : collectif, égalitaire, défensif, comme cela se passe en Utopie contre le monde extérieur, cela coûte 10 euros. Plutôt une protection qu'un droit d'entrée, car vous ne voudriez pas savoir ce que 10 euros auraient valu à la Renaissance.
Le concept est donc clair : chaque vigneron reçoit une tonne, sur laquelle il présente son vin, et une feuille A4 avec son nom, écrit à la main. C'est tout.
Royauté
Mais aussi idéaliste que fût Monsieur More, les rois et reines font encore partie de la société d'aujourd'hui, et Dive ne fait pas exception. Passer simplement à côté de Judith Beck est impossible : comme un aimant, elle attire les spectateurs, une souveraine aux allures habsbourgeoises. Le nouveau Bambulé du cépage Neuburger donne immédiatement le ton juste. Avec ce vin, on a l'impression de traverser le grand océan avec son esprit et son palais ; les fruits exotiques prennent le dessus, le pamplemousse, les agrumes et les acidités funky complètent l'ensemble, comme un nectar pour les dieux. Une reine n'était-elle pas autrefois une déesse descendue sur terre, ou du moins une de ses émissaires ? À mon avis, elle peut déjà revendiquer ce titre.
Thierry Germain des Roches Neuves offre quant à lui le meilleur du Chenin de la partie septentrionale de la Loire. Et comme la Renaissance puisait dans les récits et les mythes grecs, il ressemble un peu à Zeus sur l'Olympe : la Loire, sa montagne figurative. On entend chacun murmurer son nom, plein d'admiration, parfois avec un peu d'envie, même ici et là avec une certaine peur. Car dès que l'on goûte l'Insolite et l'Échelier, le temps s'arrête. C'est comme si l'on entendait les autres Chenins qui essaient de s'échapper pour pouvoir eux-mêmes recueillir une goutte. Le temps reprend son cours, les arômes d'agrumes, de citron, de poire et de pêche ravissent mon palais. Les acidités équilibrées, tendues mais si fraîches restent gravées dans mon cerveau jusqu'à mon dernier souffle.
Où suis-je ?
Rockstars
Dehors, à la tombée de la nuit, nous nous sommes dirigés vers La Tonnelle. Un bar à vins naturels en apparence simple à Saumur, mais qui s'anime complètement pendant le salon. Le chapiteau devant le bar était comme une after-party VIP après une journée de Pukkelpop, mais avec un grand vigneron après l'autre. Des rockstars, qui en a besoin. Nous vivons à la Renaissance, pour un instant. Nous avons dégusté des noix de Saint-Jacques crues et des huîtres, bien sûr avec un verre de Chenin Blanc. Macération ? Mais oui. Il ne m'étonnerait guère que le vent d'alors erre encore ici, et qui pourrait lui en vouloir. L'ivresse de la solitude, le sentiment d'appartenance, le – je me sens chez moi ici –, la paix intérieure dans le chaos. Ce sentiment a été maintenu artificiellement et contre toute attente pendant quelques heures après avoir quitté Saumur et Dive.
Les paroles de David Bowie « Look at those cavemen go, it’s the freakiest show » commençaient à s'infiltrer, en fait, c'était un peu ça. Et le réveil se poursuivit. L'axe routier de Paris apparut et en 2 secondes, ce sentiment avait déjà disparu. File d'attente obligatoire, retour au 21e siècle.