Chronique

Meunier

03.04.2026 · Lorenz Verstraete

Meunier

Pluton, un rocher solitaire, redécouvert en 1976, situé dans les confins les plus éloignés de notre système solaire. Comme tant de choses dans l'univers, son existence a commencé sans statut. Puis planète. Ensuite, planète naine. Qui sait ce qu'il deviendra dans quelques éons. D'abord un petit moineau gris, puis une lueur bleue inattendue. Incompris et abandonné. Jusqu'à ce que le satellite New Horizons passe et lève une partie de son mystère.

Monde souterrain

Nommé d'après le dieu romain Pluton ; une énigme mal comprise. L'aîné des Olympiens romains et chargé par son plus jeune frère, Jupiter, du monde souterrain. Mort et destruction. Peut-être condamné à la solitude et à une existence sans amour.

Dans un accès d'impulsion, il enleva la nièce de Jupiter, enfant de sa sœur Déméter, Perséphone, déesse du printemps. Un véritable syndrome de Stockholm se produisit et elle tomba amoureuse de lui. Pluton se vit sous un nouveau jour... Non plus seulement un souverain des ombres. Les saisons revinrent.

Meunier

Il en fut de même pour le Meunier, pendant des siècles un descendant honorable de la famille Pinot, une maison de renom, avec une histoire, avec un nom qui pesait plus lourd que le raisin lui-même. Pinot n'était pas une variété, c'était une dynastie. Un arbre généalogique qui remontait à des temps où l'ascendance décidait qui avait le droit de parler et qui devait se taire. Comme fonctionnaient autrefois les royaumes, quand le pouvoir ne résidait pas dans les lois mais dans le sang, et que les noms étaient prononcés avec une légère inclinaison de la tête.

Jusqu'à ce que les ceps et les raisins eux-mêmes prennent la parole. Pas de grappe en forme de pomme de pin. Pas de parenté génétique. Pas de Pinot. Les rangs familiaux se refermèrent comme des portes au crépuscule. Le nom fut retiré, le titre confisqué. Meunier resta, non pas banni, mais déplacé, comme le sont les bâtards : reconnus en silence, ignorés en public.

Résilience

Mais le Meunier n'a jamais eu affaire aux couronnes. Il connaissait la pluie, le gel, la moisissure sur ses feuilles. Il savait ce que c'était de survivre sans protection. Sa force ne résidait pas dans son ascendance, mais dans sa résilience. Dans la tension et la fraîcheur, dans la capacité de se tenir droit en Blanc de Noirs sans soutien, sans écuyers, sans héraldique. Il se reflète, non filtré, sans apparence, sans masque.

Qu'ils soient Pinot.
Meunier suffit.