Entretien
Entretien : Philippe Austruy
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours dans le monde du vin et de l'art ?Je suis Philippe Austruy, un homme d'affaires belge du secteur médical et petit-fils de vignerons bourguignons. Bien que ma carrière se soit déroulée dans un autre secteur, j'ai toujours rêvé de posséder mon propre domaine viticole. Ma passion pour l'art m'a toujours accompagné et fait désormais partie intégrante de ma vie.
Qu'est-ce qui vous a inspiré à constituer une collection d'art au sein du domaine de la Commanderie de Peyrassol ?Quand j'ai découvert Peyrassol en 2001, ce fut le coup de foudre. Ce n'était pas seulement l'occasion de faire du vin, mais aussi de créer un lieu qui me ressemblait. Dès le début, j'ai vu le domaine comme un endroit idéal pour exposer ma collection d'art, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Pour moi, l'art est synonyme de rencontres, d'émotions et de découvertes spontanées, et Peyrassol offrait le cadre parfait pour donner vie à cette passion.
Comment choisissez-vous les artistes et les œuvres qui composent la collection ?Ma collection n'est pas une collection classique au sens traditionnel du terme. Je collectionne l'art de manière très spontanée, souvent à travers des rencontres avec des galeristes, des artistes et des partenaires commerciaux, qui sont parfois devenus des amis. Il n'y a pas de ligne directrice stricte, bien que j'aie une forte affinité pour l'art contemporain. J'ai aussi quelques œuvres modernes et je suis attiré par les artistes qui ont un engagement social ou politique, ainsi que par ceux qui se libèrent des conventions académiques.
Quel rôle joue l'environnement – les vignobles et le paysage – dans la présentation des œuvres d'art ?L'environnement naturel de Peyrassol joue un rôle crucial dans la manière dont les œuvres sont présentées. L'interaction entre les œuvres d'art, les vignobles, les forêts et les paysages est soigneusement étudiée. En collaboration avec Mathilde Marchand, la directrice de la collection, et notre paysagiste, nous réfléchissons à la manière dont les sculptures peuvent s'intégrer au paysage. Un bon exemple est la scénographie du parcours forestier, où nous avons créé des clairières pour mettre en valeur les œuvres monumentales.
Y a-t-il des thèmes ou des courants artistiques spécifiques qui définissent votre collection ?Bien que ma collection soit très éclectique, certains courants se dégagent clairement. On y retrouve une forte présence d'art optocinétique, qui joue avec le mouvement, la profondeur et la lumière. La figuration narrative, l'art brut et le mouvement Light and Space ont également leur place dans ma collection. En fin de compte, l'émotion est le moteur de tous mes achats, et cela a conduit à une collection diverse et variée.
Comment votre collection d'art a-t-elle évolué depuis sa création en 2001 ?Depuis la création du centre d'art à Peyrassol, la collection n'a cessé de s'agrandir. Chaque année, une à cinq nouvelles œuvres viennent l'enrichir. Bien que je collectionnais l'art bien avant l'acquisition de Peyrassol, c'était la première fois que je rassemblais autant d'œuvres en un seul lieu. Aujourd'hui, la collection compte 140 œuvres, et nous continuons à développer de nouveaux projets pour enrichir l'expérience artistique au domaine.
Pouvez-vous nous parler d'une œuvre emblématique de votre collection ou partager une anecdote particulière ?L'une des œuvres les plus remarquables de la collection est la maquette de la Tour aux Figures de Jean Dubuffet. Dubuffet, connu comme le fondateur de l'art brut, a créé avec cette sculpture une œuvre imposante qui joue avec la couleur et la forme. La version que l'on peut voir chez nous offre un aperçu plus intime de la structure de la sculpture originale de 24 mètres de haut à Issy-les-Moulineaux.
Comment les visiteurs perçoivent-ils la combinaison de la culture viticole et de l'art contemporain ?Je constate que la combinaison du vin et de l'art crée souvent un effet surprenant chez les visiteurs. Beaucoup de gens viennent d'abord pour le vin, mais découvrent ensuite l'art et se laissent toucher. D'autres viennent pour l'art et s'intéressent ensuite au vin. Cette fertilisation croisée rend Peyrassol unique et renforce l'expérience au domaine.
Quels sont les plus grands défis liés à l'entretien et à l'extension d'une collection d'art en plein air ?L'entretien des œuvres d'art en plein air est un défi quotidien. La nature, les intempéries et d'autres facteurs externes peuvent avoir un impact sur l'état des œuvres. Nous travaillons donc continuellement à la conservation et à la restauration de la collection, afin qu'elle reste dans un état optimal pour les générations futures.
Collaborez-vous avec des artistes pour créer des installations spécifiques pour Peyrassol ?Oui, plusieurs œuvres de la collection ont été créées spécialement pour Peyrassol. Un excellent exemple en sont les œuvres in situ de José Yaque et Bertrand Lavier, qui ont fait forte impression l'année dernière. Ces collaborations sont toujours particulières, car elles relient l'art et le lieu d'une manière qui ne serait possible nulle part ailleurs.
Quels sont vos projets futurs pour la collection d'art et comment voyez-vous son évolution au sein de Peyrassol ?Nous continuons à enrichir la collection et avons l'intention d'ouvrir un nouvel espace d'exposition au sein de la Commanderie. Cela nous permettra de présenter encore plus d'œuvres de ma collection et d'approfondir l'expérience artistique à Peyrassol. En fin de compte, je souhaite maintenir une harmonie entre le vin, l'art, la biodiversité et la gastronomie – les quatre valeurs fondamentales de Peyrassol.